Le drame d’Alep

A man walks along a damaged street in the al-Katerji district in Aleppo, Syria July 29, 2015. Picture taken July 29, 2015. REUTERS/Abdalrhman Ismail - RTX1MDBA

Des milliers de Syriens fuient vers la Turquie, pour échapper aux bombes.

Dans le froid et la boue, abrités dans des camps de fortune saturés, près de 50 000 Syriens fuyant les bombardements à Alep et dans sa région, dans le nord de la Syrie, s’agglutinent aux portes de la Turquie. Ce nouvel exode, accompagné d’une grave crise humanitaire, a commencé début février, avec l’offensive d’Alep. Celle-ci pourrait marquer un tournant dans la guerre : à la faveur d’intenses bombardements russes, l’armée syrienne et ses milices alliées gagnent du terrain sur le territoire au nord-ouest d’Alep. À cause des combats, les localités de cette région se vident. Les forces pro-Assad cherchent à reprendre la zone aux groupes insurgés présents – il s’agit en majorité de formations islamistes. Les militaires avancent ainsi vers la frontière afin de couper tout ravitaillement en armes et en hommes depuis la Turquie, soutien de la rébellion. L’armée et ses supplétifs progressent dans le même temps vers la ville d’Alep, dont une partie est aux mains de brigades anti-Assad.

Alors que l’ouest de l’ancienne capitale économique est sous contrôle gouvernemental, l’Est est depuis 2012 tenu par les insurgés. Les habitants de ces deux zones vivent des souffrances similaires  : tirs d’obus – ou de snipers le long de la ligne de démarcation –, coupures d’eau et d’électricité, appauvrissement qui fait dépendre les plus démunis de l’aide humanitaire. Mais pour les civils de la partie orientale d’Alep, s’ajoute la terreur des barils de bombes largués par le régime et, depuis septembre, des frappes russes.

État de siège

Leur menace, ainsi que la perspective de se retrouver entièrement assiégés et affamés, poussent ces Aléppins à la fuite. Quitter ces faubourgs devient de plus en plus difficile. Les Nations unies ont lancé l’alarme : près de 300 000 civils risquent de se retrouver privés de nourriture, d’eau et de mazout, si l’armée et ses alliés assiègent l’est d’Alep, dont ils se rapprochent. Dans de nombreuses localités de Syrie, les civils paient durement le prix de cette tactique, utilisée principalement par le régime pour écraser ses adversaires retranchés.

Les combats en cours dans la région d’Alep redessinent aussi la composition des forces anti-Assad  : le Front Al-Nosra, groupe djihadiste affilié à Al-Qaida, a ainsi fait son retour dans les quartiers rebelles d’Alep. Faisant peser le risque de rivalités fratricides entre groupes insurgés, et de la mise au pas de la vie quotidienne

Dans la partie orientale de l’ancienne ville la plus peuplée de Syrie, la situation humanitaire se dégrade : selon une association médicale de la diaspora syrienne, le nombre des victimes des frappes ayant besoin d’une intervention chirurgicale augmente. La sortie des blessés est quasi impossible. Alors que le principal axe de ravitaillement des rebelles depuis la Turquie, qui servait aussi à faire entrer de la nourriture, a été coupé par le régime, des aliments entrent en contrebande depuis les quartiers Ouest, mais ils sont vendus à des prix faramineux aux habitants de la zone insurgée.

Dans ces faubourgs qui vivent sous un tapis de bombes russes, où les enfants n’ont plus que des cimetières comme terrains de jeux et vont à l’école dans des abris en sous-sol, au milieu d’immeubles dévastés, les annonces de trêve faites par les parrains internationaux des belligérants syriens semblent un mirage.

(article de Réforme 18 février 2016)